vendredi 28 février 2014

Les visitandines



Un goût simple, les visitandines. Ses petites barquettes moulées corolle ne font plus la une. C’est pourtant bon les visitandines. C’est bon jusqu’au cœur. Je les aimais tant chez Alice, moins chez Lucienne, c’était toutefois les mêmes, version miniatures mais je n’en faisais qu’une bouchée alors. Faut dire que sans visitandines, on aurait eu peut de choses à se dire, jambes croisées chez l’une ou chez l’autre, autour de la nappe à carreaux. Les casseroles alu bec verseur faisaient la conversation aussi sur la cuisinière à gaz. Querelles de bonhommes, de guerres lasses, les visitandines nous réconciliaient de tout et de rien. On parlait jardin, épiscopats, Rina Ketty dans le phono. ‘J’attendrais ton retour’ débordait du pavillon sans mousser et la musique scindée au temps, coulait dans nos oreilles encore abasourdies par les sirènes. .

        Nos corps sans hommes souffraient de plaisir, que n’aurait-on donné pour boire une heure d’amour entre deux couvre feux. Que n’aurait-on donné afin d’un bas couture de plus pour nos jambes. Nos oreillers puaient la solitude et une naphtaline quotidienne amidonnait nos jours. Chez Alice, les visitandines étaient toujours présentées dans des assiettes de Giens à bord dorée. Dévoilant ainsi leur beurre, elles s’y prêtaient bien, et c’est avec délicatesse que, je les saisissais entre le pouce et l’index avant d’y fondre mes papilles. Quand enfin, il ne restais plus que quelques miettes au fond de l’assiette, basculant le dos à la chaise, on jaugeait pour finalement  mettre toujours la même note.  

Extrait de " Bleu blanc, rouge" 
Laurette Petit Georges

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